Sida: quand le malade vit loin du labo, le papier buvard a un rôle à jouer



PARIS (AFP) - Le papier buvard, support d’échantillons sanguins dont il facilite la conservation et l’acheminement vers un laboratoire éloigné, pourrait jouer un rôle croissant pour le diagnostic précoce des bébés et le suivi des malades du sida dans les pays pauvres, selon des spécialistes réunis à Paris.
Avec l’amélioration de l’accès aux traitements antisida dans les pays en développement, la tendance est à la décentralisation des soins, au-delà de la capitale et des grands centres urbains, ont expliqué des représentants camerounais, maliens, sénégalais notamment, lors de la 4e conférence francophone VIH/sida qui a rassemblé 1.600 participants de 54 pays du 29 au 31 mars.

Le papier buvard ou papier filtre peut faciliter cette décentralisation en permettant d’acheminer, malgré la chaleur et sans congélation, l’échantillon sanguin du bébé à diagnostiquer ou du malade dont on veut vérifier l’efficacité du traitement, car le laboratoire d’analyses biologiques est souvent bien loin.

La stabilité à 37 degrés d’échantillons sanguins de 0,1 millilitre conservés sur buvard a été vérifiée pendant deux semaines lors d’une étude conduite au Sénégal par Coumbo Touré-Kane (Université Cheikh Anta Diop, Dakar) et ses collègues.

Cette universitaire prévoit de tester cette stratégie de conservation sur un temps plus long pour s’assurer de la possibilité de transport d’échantillons depuis des régions très éloignées de la capitale.

Dans les pays du Nord, le suivi virologique du VIH est standardisé, et les échantillons sanguins congelés dans les six heures suivant le prélèvement, explique Jean-Christophe Plantier (CHU de Rouen). Mais au Sud, “le buvard est une technique alternative séduisante, on peut même faire plusieurs analyses à partir d’un seul buvard” porteur d’échantillons, ajoute-t-il.

Utilisé depuis les années 60 en France et d’autres pays pour dépister à la naissance, via le test de Guthrie, une maladie héréditaire imposant un régime alimentaire strict, le prélèvement sanguin sur papier buvard peut aussi sauver des bébés infectés par le VIH.

Une ou deux gouttes de sang perlant au talon ou au doigt peuvent suffire pour savoir si le nourrisson porteur des anticorps transmis par sa mère séropositive est lui-même contaminé par le virus. Un dépistage précoce peut permettre de traiter le bébé à temps ou de rassurer la mère sans attendre que l’enfant ait 18 mois.

L’utilisation pédiatrique du papier buvard est appelée à se développer en premier, mais il pourrait aussi, selon les spécialistes, permettre un meilleur suivi des patients sous trithérapie. La stabilité des échantillons conservés sur papier buvard s’avère suffisante pour permettre une mesure régulière de la charge virale, c’est-à-dire de la quantité de virus présents dans l’organisme, selon des études présentées à Paris. On pourrait même détecter d’éventuelles mutations du virus imposant un changement de médicaments, selon le Dr Touré-Kane.

Mais une fois l’échantillon acheminé au “labo” grâce au papier buvard, se pose aussi le problème du coût des analyses biologiques et de la formation du personnel.

Un nouveau test de charge virale au prix de 7 euros –contre 30 euros pour les tests commerciaux–, utilisable après prélèvement sur papier buvard, a été mis au point par l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) pour les pays du Sud, souligne la chercheuse Christine Rouzioux, qui y a contribué.

Source: fr.news.yahoo.com

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